Viens réchauffer



Viens réchauffer tes mains mon frère
On dit que nous avons un dieu
Que ce n'est pas un militaire...
Ni l'empereur, ni son neveu
Que ce n'est pas de ces notables
Ni de ces bourgeois triomphants
On dit qu'il est né à l'étable
On dit que Dieu n'est qu'un enfant.

Viens réchauffer tes mains trop maigres
On dit que tu as la peau noire
On dit que tu es un sale nègre
Qu'il vaut mieux changer de trottoir
On dit que ma petite "caille"
L'enfant est né à la minuit
Qu'il faisait si noir sur la paille
Sa peau était couleur de nuit.

Viens réchauffer tes deux mains jaunes
Tes poissons maigres de coolies
On dit que tu mendies l'aumôme
Le sang d'une poignée de riz
Qu'on a bombardé vos paroles
Brûlé la fleur, brûlé le champ
On a dit aussi qu'un roi Hérode
A voulu supprimer l'Enfant.

Viens réchauffer tes mains, mon frère
On dit qu'il nous est né un Dieu
Qu'il est né en terre étrangère
Et moi... j'ai oublié le lieu
Toi qui habites le silence
Tes poings serrant un bout de pain
Je voudrais voir si sa naissance
Tu ne la tiens pas dans tes mains.



Jean Debruynne





(cité par A. Burnand, 1991, Mon abécédaire M-Z p.88-89)

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Franziska Santschi-Geiser © 1999