



Joyeux Noël...
quand-même 



Souvenirs d'autrefois aux alentours de 1960, j'avais 8-9 ans.
24 décembre, il est 20h00, les valises sont prêtes après des heures de
préparatifs de ma pauvre mère qui en a toute la responsabilité, départ
de Lachute en Chevrolet Biscayne 1958 saumon et blanc, Nicole ma soeur
de 16 ans assise à l'arrière alors que mon petit frère Daniel âgé de
bientôt 4 ans est assis sur les genoux de ma mère en destination de
Dorval, courte expédition de 100 kilomètres mais le mercure indique -28
celsius, le ciel clair, même les constellations semblent s'être mises
sur leur "36"... les vitres parviennent difficilement à demeurer
dégelées, alors qu'en arrière, les pieds sont en quête d'un peu de
chaleur, la radio de l'auto nous abreuvant des classiques cantiques de
Noël, mon père ayant déjà commencé à fêter depuis un bon moment, ancien
"waiter de taverne" au cercle d'amis relativement garni...
21h30, c'est l'arrivée chez le grand Raymond, cousin de ma mère, jeune
retraité prospère, Saydie, anglophone bilingue du West-Island, le petit
Raymond, 15 ans, Michel, 9 ans, Serge, 3 ans, matante Marie et Yvette sa
fille leurs maris dont on a perdu la trace depuis un long moment sont
déjà en train de finaliser les derniers préparatifs pour l'interminable
réveillon après la messe de Minuit qui en compte trois.
Raymond offre à mon père son verre de gin, nous les enfants on se bourre
de chips, en buvant de notre "liqueur" non alcoolisée à saveur de
grapette, de cream soda, ou de bière d'épinette en regardant l'heure, il
faut se rappeler qu'à l'époque, les personnes ne devaient ingérer aucune
nourriture solide ou alcool 3 heures avant la communion, une heure pour
les liquides non alcoolisées, l'eau ne comportait pas de restriction,
mais n'était guère populaire.
C'est à cette âge que j'ai compris pourquoi il y avait trois messes,
celle de Minuit, celle de l'Aurore et celle de l'Aube, la première
durant une heure et demie, la seconde, une demi-heure, la dernière 15
minutes, on devait assister aux trois afin de permettre à nos joyeux
lurons de pères de se qualifier pour la communion de 2h15 en cessant de
consommer alcool à 23h14 pile...de toutes façons, il fallait bien se
rendre tôt à l'église si on voulait trouver des places assises pour tout
le monde.
Ce que je parviens à faire émerger à ma mémoire, c'est le Minuit
Chrétiens antonné par la plus belle voie mâle du Dorval, catholique,
francophone du coin et de l'endormitoire qui frappait l'enfant que
j'étais au milieu de la messe de l'Aurore, en sachant qu'il en restait
encore une à passer, mon père avait probablement perdu la carte pendant
le sermon, c'était la période la plus longue entre les poses
debout-assis-à genoux. Le pire c'est que la m... église était mal
chauffée et on gelait encore des pieds.
Evidemment, entre les trois messes, le nombre des sièges vides
s'accroissaient avec l'heure, à la fin on commençait de nos neuf ans à
voir ce qui se passait en avant. Et le moment ultime du "Itae missa est"
de la troisième sonnait l'heure des festivités retrouvées.
Mais, il y avait un mais, la famille de mon oncle débalait devant nos
yeux leurs cadeaux envieux que nous étions, on avait bien une "bébelle"
pour nous faire patienter jusqu'au soir du jour de l'An après
l'interminable repas, car les cadeaux chez les Trépanier c'était
seulement à 20h15 le 1er janvier. Noël, c'était la fête religieuse, mon
oeil...
C'est peut-être pour cela que j'ai gardé une certaine allergie à l'orgie
de cadeaux de Noël et que je désespère en assistant à la Messe des
enfants de 19h00 le 24 parce que j'ai développé avec un couple d'ami-e-s
le même scénario en me disant à chaque jour de Noël. Doux Jésus, comme
j'aimerais t'accorder toute mon attention, heureusement il en reste 364
autres jours pour te célébrer.
Joyeux Noël quand même...
Richard Trépanier

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Franziska Santschi-Geiser © 1999