



Les visiteurs
inattendus 



Je vous apporte aujourd'hui un conte de Noël, tiré d'un poème de Helen
Steiner, et qui vient nous rejoindre au coeur, dans l'essence même du
vrai sens de Noël. Je trouve que de nos jours, l'esprit véritable de
Noël fait place à un système de valeurs matérielles qui enveloppe tout
ce que notre coeur d'enfant a appris au noyau familial.
Bientôt, ce sera Noël, je me propose bien de raconter à mes
petits-enfants ce qu'est le vrai sens de la fête. C'est la tradition
dans notre famille de recevoir enfants et petits-enfants dans un grand
repas où chacun peut exprimer ce qu'il vit, et les enfants aussi ont
droit de parole et peuvent s'exprimer sans pour autant les empêcher de
jouer avec leurs étrennes qu'ils déballeront dans une grande joie.
Et voici ce conte qui s'intitule:
LES VISITEURS INATTENDUS
Siméon, le vieux cordonnier, vivait seul dans un petit village perdu au
creux des Rocheuses. Ses deux enfants partis pour les États ne lui
écrivaient pas souvent. Sa femme, depuis longtemps, l'avait quitté pour
un ciel plus serein. La franche et cordiale hospitalité du vieux Siméon
lui avait mérité l'estime de tout le monde.
Or voici que la nuit précédant Noël, le Christ Jésus lui apparaît en
songe: "Siméon! Siméon! Ce soir, c'est Noël. Je viens chez toi."
Le coeur plein d'une sainte joie, le sympathique cordonnier nettoie la
boutique, prépare le repas, déblaie la dernière neige, décore l'humble
cabane. Tout est prêt pour accueillir dignement le divin Visiteur.
Voilà qu'aux neuf coups de l'horloge, Siméon entend frapper à la
fenêtre. Il accourt, ouvre la porte: c'est un enfant tout en pleurs qui
cherche sa mère. Vitement, le vieux Siméon rassure l'enfant et se hâte
de le reconduire à ses parents.
Le vieux cordonnier attend toujours avec hâte l'invité de marque,
lorsqu'on frappe à nouveau à la porte. Entre alors une vieille
grand-mère, toute courbée sous les ans et grelottante. "L'hospitalité,
monsieur, pour l'amour de Dieu !" La chambre d'Hôte est bien prête,
mais ce sera pour le céleste Visiteur. Pris de pitié, Siméon offre à la
vieille grand-mère un bon thé bien chaud et quelques galettes.
L'horloge égrène encore les heures, lorsqu'une troisième fois, le vieux
Siméon devine le pas d'un visiteur. "C'est Lui!"" Vitement, il ouvre
toute grande la porte. C'est un passant, affamé, vieilles bottines aux
pieds, manteau troué sur le dos. Ému, le vieux Siméon lui donne ses
propres chaussures et quelques vêtements plus chauds.
Les douze coups de minuit depuis longtemps se sont éteints dans la nuit.
Déçu, épuisé, le vieux cordonnier tombe dans un profond sommeil.
Soudain, il sursaute; ses yeux ont peine à soutenir la lumière éclatante
qui baigne sa maison. Une voix très douce appelle le vieux Siméon. Il
la reconnaît: c'est le divin Visiteur !
Siméon ! Siméon !
- C'est toi, Jésus ?
Oui, Siméon !
- Seigneur, pourquoi n'es-tu pas venu? J'ai attendu en vain toute la
nuit. Pour toi, j'avais tout préparé, nettoyé, décoré. Je désirais
tant te voir.
- Mais, Siméon, relève la tête. J'ai tenu promesse ! A trois reprises,
ce soir, j'ai franchi le seuil de ta porte. A trois reprises tu m'as
accueilli: l'enfant tout en pleurs, la grand-mère toute transie, le
mendiant affamé, c'était MOI ! ...
(D'après un poème de Hélen Steiner.)
Lucille Grandmont

Je veux retourner à Noël Sous Le Genêt Isolé
Je veux retourner à Histoires et poèmes
Franziska Santschi-Geiser © 1999